Au cours de mes études, j'ai rapidement découvert que j’étais plutôt du type école de la vie. C'est ainsi que Jill Antwerp a vu le jour. C'était un concept sur lequel je voulais travailler depuis un certain temps, mais je ne m'y étais jamais totalement engagée. L'année dernière, je me suis enfin lancée. Tout a commencé avec ma famille maternelle qui est active dans le secteur du prêt-à-porter masculin. Mon arrière-grand-père était un tailleur de costumes pour hommes. Une histoire de famille.
Mais, je voulais me concentrer sur la femme, l’empowerment : c’est l’avenir.
J'ai commencé par regarder le surstock d'échantillons. Chaque saison, les échantillons de tissus sont testés et inutilisés par après, je trouvais cela dommage, surtout d’un point de vue environnemental.
Un jour, j'ai commencé à ramener les échantillons chez moi. J’ai commencé à démonter, expérimenter, ... comment pouvais-je les transformer en quelque chose pour les femmes ? Puis j'ai travaillé le dos sur un blazer homme.
Le blazer Jill Antwerp brise ainsi les barrières liées à la taille. Comme il s'agit d'une veste pour homme, elle convient parfaitement à toutes les femmes. Je voulais aussi refléter le caractère unique de chaque femme avec un exemplaire unique de chaque veste. Je ne suis pas non plus adepte de la consommation de masse.
Je pense que chacun est unique et qu'une pièce de Jill Antwerp met cela en lumière.
Avez-vous eu de l'aide pour démarrer JillAntwerp ?
Sur le plan comptable, oui, car ce n’est pas mon point fort. A l’époque ma mère et un ami m’ont beaucoup aidée. Il existe aussi de nombreuses aides publiques pour faciliter cet apprentissage.
Je suis passée par des hauts et des bas. C’est un processus lié à la création d’entreprise par lequel il faut passer. A posteriori, je suis heureuse de m’y être plongée tête baissée même si la route n’a pas toujours été facile. Etre capable de faire ses armes auprès d’autres femmes et de se soutenir mutuellement, c'est tout simplement super.
Quelles sont vos plus grandes craintes concernant votre entreprise ?
Bien sûr, la plus grande crainte est la faillite. Mais, personnellement, être copiée est aussi une peur. Chacun devrait pouvoir rester soi-même et être libre de faire ce qu’il veut sans se mettre en travers du chemin des autres.
D’autres embûches sur la route d'un entrepreneur, comme par exemple l'enregistrement du nom "Jill Antwerp" pour lequel j’ai rencontré quelques complications...
Actuellement, je suis un cours de mode à la VOCA, ce qui m'aide beaucoup à avoir un guide et à me structurer. Il faut apprendre à faire face aux différentes situations, parfois choisir d’abandonner. Il faut avoir l’estomac bien accroché ! (rires)
Au cours de cette année, avez-vous rencontré des obstacles parce que vous êtes une femme entrepreneur ?
Un des grands obstacles est que vous êtes souvent moins prise au sérieux. Quand je raconte mon histoire quelque part et que je m’investis pleinement, j'ai parfois l'idée que les hommes ne la comprennent pas et que mon métier n’est pas pris au sérieux : « ce n’est qu’une marque de mode, elle ne travaille qu'avec ses mains ! ». Bien sûr, chacun réagit à sa manière. C’est dommage, car lancer une marque de mode est aussi difficile que de lancer un cabinet d'avocats, pour ainsi dire. Chacun a ses propres luttes.
C'était ma première collaboration, et définitivement une forme de recherche. C'était une belle expérience car nous devions la découvrir ensemble.
En raison de la barrière linguistique entre le français et le néerlandais, nous avons dû chercher la bonne façon de discuter de certaines choses, mais une fois que notre anglais a été mis à niveau, tout s'est bien passé ! J’ai beaucoup appris, c’était une expérience riche. Je me sens mieux outillée pour aborder de futures collaborations.
J’ai l’habitude de me concentrer sur le créatif, ici il a aussi fallu se pencher sur des aspects moins agréables liés à cette collaboration, comme par exemple régler la question de la répartition, des aspects financiers,..
En fin de compte, cela s'est avéré formidable. Dans une collaboration, vous pouvez toujours repousser vos limites et apporter quelque chose de nouveau. La marque et les valeurs de Maison Elise correspondent parfaitement à celles de Jill Antwerp.
Et avec quelles autres femmes entrepreneurs souhaiteriez-vous éventuellement vous associer ?
Virginie de Morobé. Elle fabrique de belles chaussures et semble être une femme très cool. Elle a une approche très terre à terre et une façon personnelle d'aborder les choses. C’est ce que j'aime chez elle. Elle est passionnée par la chaussure et veut transmettre sa passion à travers Morobé. C’est beau aussi de voir comme elle se concentre sur un seul produit. C'est aussi l’approche que j’essaie d’avoir avec Jill Antwerp en me concentrant sur une pièce du vestiaire : le blazer.
Avez-vous du mal à dire non aux clients ou aux collaborations, en général ?
J'ai trouvé cela si difficile ! Il m’a fallu un an pour apprendre à dire non. D’autant plus que tout est allé très vite. Je suis une personne qui aime le contact avec les gens, mais j’ai dû apprendre à fixer mes limites. Mais c’est un apprentissage nécessaire aussi pour développer son activité.
Que diriez-vous à quelqu'un qui voudrait créer une entreprise comme vous ?
Choisissez les bonnes personnes pour vous accompagner. N'ayez pas peur de travailler avec des personnes auprès desquelles vous ne vous seriez peut-être pas tournées spontanément. Confronter son projet, faire face aux critiques sont les meilleures impulsions grandir.